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Il faudra que tu m’expliques un jour pourquoi
tes lunettes sont toujours aussi dégueulasses.
Je la regarde d’un air indigné.
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Ça me semble évident.
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Ah oui ?
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Oui. Ces lunettes ont vécu avec moi. Elles sont
parties au bout du monde et en sont revenues. C’est à travers elles que j’ai
affronté toutes les épreuves de la vie. Mon bac, mon premier rencard, ma
première cuite, mes concours, mon premier concert. J’ai vu tout ce que le monde
a vu, j’ai vu des choses que je serai le seul à jamais voir.
Tout ce que j’ai vu, je l’ai vu du point de vue de ces
lunettes. Chaque moment a laissé une
trace, une griffure, un peu d’encre, de poussière. Tu vois cette marque blanche
incrustée dans la monture ? Juillet 2011. On bossait dans une école au fin
fond de l’Argentine. Il y avait eu un incendie dans le dortoir des filles, rien
de grave, heureusement. Du coup on a dû poncer le mur avant de pouvoir le
repeindre. Avec juste du papier de verre et nos petits bras de touristes. Je
crois que ces trois jours là, j’ai pris plus de saloperies dans les poumons que
si j’avais passé dix ans à la mine.
Pourquoi tu voudrais que j’efface ça ? Ces expériences
font partie de mon identité, elles m’ont forgé, en même temps qu’elles
laissaient des traces imperceptibles sur ces lunettes. Les nettoyer, ça serait
me dépouille de mon histoire. Ça ne serait pas juste. Chaque expérience laisse
une griffure, une trace sur ces lunettes, et chacune d’entre elles met quelque
chose devant mes yeux. Chacune de ces marques modifient ma vision du monde, de
la même manière que mes expériences changent cette vision du monde. Ces marques
sont là pour me rappeler, chaque jour, chaque instant, de ce que je suis. Quel
sens auraient ses lunettes, si bêtement, elles me permettaient d’y voir ?
Quand je repense à ce moment, je l’imagine toujours écraser
une cigarette, souffler sa fumée, et me regarder d’un air moqueur. En réalité,
elle ne fumait pas. Je l’imagine simplement comme ça, pour lui donner une contenance,
et de toutes façons, il y a bien longtemps que plus personne ne fume dans les
lieux publics.
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Tu as une métaphysique un peu compliquée. Je
crois surtout que tu t’en fous.
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Ça t’apprendra à poser des questions à la con.
Comme quoi, tout arrive.
RépondreSupprimerMais !! Mais !! Un post \o/
RépondreSupprimer(oui, lonewolf, stalker pro, je veille :p)
Je plaint un peu les lunettes, tout de même, pour le coup >.<
Désolé pour le double post, j'ai juste une question : Pourquoi Wrapping up est daté de 2011 alors que le Flux rss m'annonce qu'il ne date que de deux mois ? >.<
RépondreSupprimerTu en sais beaucoup trop. ça serait regrettable qu'il t'arrive quelque chose. *prend un accent de mafioso* Tu sais, un blog, ça brûle facilement.
RépondreSupprimerNon, je l'ai réellement écrit il y a deux mois. C'est une bête question de cohérence, histoire que ça suive effectivement le moment où j'ai dû lâcher le blog. Mais je vais peut être le virer. J'aviserai.
Félix, spécialiste en réécriture de l'histoire ^^
Didn't think you were the writing type.
RépondreSupprimerInteresting though.
Nice writing, nice blog.
Il est très chouette ce texte ! Très bien pensé et super touchant, bravo !
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